Get Adobe Flash player
             
RECHERCHER
INSCRIPTIONS
Accès aux newsletters

Dessous de l'affaire de Petit-Rechain

DESSOUS DE L’AFFAIRE DE PETIT-RECHAIN

Dans le document qui suit, le CERPI propose à ses lecteurs un retour sur la fameuse affaire de Petit-Rechain, dans laquelle la maquette de « frigolite » d’un simple ouvrier d’usine a fait trembler le monde ufologique et couler plus d’encre qu’un troupeau de poulpes géants.  Il ne s’agit pas d’un énième retour sur une affaire tentaculaire mille fois ressassée, mais d’un éclairage nouveau basé sur des éléments généralement inconnus ou peu connus du grand public.

Il ne serait pas étonnant que même des ufologues chevronnés y découvrent de petits trésors.  Pour le commun des mortels, en tous cas, ce sera l’occasion de prendre connaissance d’une partie des coulisses ténébreuses de cette affaire et de voir le rôle, toujours étonnant, joué par les médias.

Pour beaucoup, ce sera l’occasion de voir comment les choses se passent en réalité et non comment on tente de leur faire croire…

L’approche

Nous n’allons pas revenir sur les événements de 1989, lorsque la Belgique a connu un événement ufologique sans précédent (en fait, il y a bien eu des précédents, notamment en 1954 et en 1972, mais ceux-ci furent beaucoup moins denses et moins médiatisés).  N’importe qui s’intéressant au moins un tout petit peu à l’ufologie ou à l’inexpliqué doit avoir entendu parler de la Vague d’OVNI sur la Belgique et sait ou devrait savoir que cet ensemble de manifestations incroyables est demeuré inexpliqué en dépit du travail inlassable des sceptiques et autres debunkers. 

Plus exactement, de nombreuses hypothèses ont été émises, mais aucune ne tenait la route ou n’était propre à expliquer la totalité des phénomènes. 

SOBEPS-livres-ovniDans ce cortège de visites, peut-être extraterrestres, une photo – ou plutôt une diapositive – est devenue emblématique : celle de Petit-Rechain, localité proche de Verviers.   Elle a fait la couverture de l’un des VOB, entendez l’un des livres publiés par la SOBEPS (Société belge d’Étude des Phénomènes spatiaux).  Elle a surtout fait le tour du monde, en n’échappant à aucun média (sauf la radio… car c’est difficile pour une photo !), elle est devenue incontournable, un symbole à elle seule, le symbole de la Vague belge.  Des années durant, malgré le travail de nombreux spécialistes, il est resté impossible de déterminer si elle était authentique ou bien fausse.  Elle résistait à l’analyse, même des procédés les plus puissants et pointus.

Et puis, le 26 juillet 2011, c’est le scoop monumental de RTL-TVI dans lequel une « vérité définitive » est apparemment proposée par des journalistes : un individu répondant au prénom de Patrick s’est identifié comme l’auteur du canular du siècle.  La photo qu’il a faite ne se basait que sur un bricolage simple composé d’une maquette de frigolite dotée d’ampoules de bicyclette, elles-mêmes alimentées par une batterie ordinaire alors que le tout était suspendu à des fils de nylon de pêche.  Voilà ce qui avait résisté à l’École Royale Militaire belge et à la NASA, entre autres.  La vague belge se cassait lamentablement la figure, du moins à en croire le reportage.  C’était le Waterloo de l’ufologie, sinon mondiale, du moins – plus modestement – pour le plat pays.

Revenons toutefois un jour en arrière.

Le 25 juillet 2011, donc, le CERPI n’est au courant de rien.  Rien n’a filtré de l’information.  Pourtant, Samuel Ledoux lui-même, l’auteur du reportage,  téléphone au Président du CERPI et ce dernier est bien étonné que ce soit pour lui demander les numéros de téléphone des Michel Bougard, Patrick Ferryn et autre Lucien Clerebaut, trois personnages jadis bien en vue au sein de la SOBEPS.  Comment ?  Un journaliste de chez RTL ne connaissait donc pas ces numéros de longue date ?  Ils ne se trouvaient pas dans les archives, dans un carnet d’adresses précieuses ?  Voilà qui était déjà pour le moins surprenant ! 

Sentant que quelque chose se trame, notre Président essaie évidemment d’en savoir plus mais, à vingt-quatre heures de son reportage,  le journaliste protège jalousement son scoop et ne souffle pas un mot de l’affaire.  Tout au plus apprend-on qu’il s’agit de la photo de Petit-Rechain, c’est tout.  La suite à l’écran.


Mea culpa de l'auteur de la photo d'ovni truquée de Petit Rechain.

Devant son poste de télévision, « Mister CERPI » assiste comme tout le monde au journal télévisé présenté par Hakima Dahrmouche.  Mais ce qui l’étonne le plus ce n’est pas tant le contenu du reportage qui présente une grossière imposture, que la présentation et les commentaires de ce dernier.  Sur ce plan, plusieurs points grincent à en faire mal aux oreilles.

En tout premier lieu il digère mal la phrase aux apparences anodines qui signale : « … des témoins qui sont des centaines à avoir vu cet objet voler dans le ciel belge… »   La formulation laisse sous-entendre que des centaines de témoins auraient vu ce qui n’était que le fruit d’une supercherie et induit une autre conclusion : toute la vague n’était qu’une supercherie !

Pour les anciens, il n’est pas trop difficile de corriger car – pour eux – il est évident que la vague belge ne peut en aucun cas se réduire aussi facilement.  Mais pour les représentants des jeunes générations voilà qui est cause entendue : tout cela n’était que foutaises !  Or les anciens ont déjà donné et leurs rangs s’éclaircissent au fil du temps, tandis que les jeunes sont le socle des opinions futures.  Il y a là un insidieux substrat susceptible d’enterrer peu à peu la vague belge.  S’il n’y a pas là une volonté anti-ufologique, c’est bien imité.

Pourtant, les témoins en question auraient été bien en peine d’être des centaines à voir la maquette de frigolite, pour la bonne raison que, des aveux mêmes de l’intéressé il n’y avait que lui sur place, sa fiancée et un collègue de travail.  Les gens situés à plus de cent kilomètres de là auraient dû avoir de sacrés bons yeux pour apercevoir ce qui se passait dans le jardin de Petit-Rechain !  Ce qui est certain, en tous cas, c’est que l’armée belge n’a pas fait décoller deux F-16 pour intercepter une maquette de frigolite et que cette dernière risquait peu de se manifester au radar.  Les gendarmes d’Eupen n’ont pas non plus suivi ce leurre le long de leur route, dans leur combi, et les meilleures ampoules de bicyclette éclairent rarement comme peut l’être un terrain de football recevant un match en nocturne.  Qu’importent les arguments et le nombre de témoins, la rédaction n’a cure de ce double-sens dangereusement équivoque, la vague doit être mise en bière.  Une bière belge, naturellement.  Quoi d’autre pour fêter ce Waterloo via une bonne blague bien de chez nous ?

Mais il y avait autre chose.  Car, en effet, la vidéo montre le « faussaire » affublé de son seul prénom : Patrick.  C’est que, dès les premiers instants, l’individu a requis l’anonymat.  En fait, ce n’est pas tout à fait exact.  Cela découle d’une turpitude du rapport d’enquête.  Mais toujours est-il que cet anonymat a été respecté jusque là et y compris dans le VOB où l’on ne trouve que des initiales.  Cela fait rire le Président du CERPI car son nom il le connaît bien, et même celui de sa fiancée de l’époque.  Mais d’une part pourquoi l’intéressé se retrancherait-il à présent encore sous ce même anonymat alors qu’il avoue et passe à la télévision (pour passer incognito, ce n’est pas l’idéal…) et comment Samuel Ledoux a-t-il retrouvé la trace de ce « faussaire » ?  Surtout, pourquoi avoir attendu vingt ans pour cracher le morceau ?  Et puis, comme tout le monde aussi, il ne comprend pas comment une supercherie aussi simple a pu échapper à tous les spécialistes.

Mais avant tout cela, un autre problème se pose au spectateur attentif et seulement à ce dernier : cet inconnu, prénommé Patrick, qui se présente comme celui qui a tout orchestré en 1990 est-il bien le même que l’inconnu mentionné dans le VOB ?  Car en fait, dans le petit peuple, personne ne connaît le visage du témoin de Petit-Rechain.  Somme toute, n’importe qui aurait pu prétendre avoir falsifié la photo si emblématique et réduire une énigme vieille de vingt ans à néant.

Le doute est cependant vite aplani car aucun membre de la SOBEPS ne réagit négativement à la vue de l’intéressé.  Ipso facto, cela signifie qu’ils le reconnaissent.  C’est bien lui.

Le CERPI rappelle donc Samuel Ledoux pour compléments d’informations.  Maintenant que l’affaire a été diffusée, le reporter peut bien parler, non ?

Curieux tout de même que ce dernier explique alors :

  1. Que Patrick s’est présenté de lui-même à la chaîne de télévision
  2. Que le fait d’avoir retrouvé le témoin découle d’un long travail d’enquêtes préalable, la chaîne désirant produire quelque chose pour le jubilé des 25 ans de la vague.

Les deux, exposés simultanément dans la même conversation sinon dans la même phrase, cela fait un tantinet contradictoire !  Facétie de journaliste ?  Sens de l’humour (absurde) ?  Était-ce plutôt une sorte de choix multiple à cocher soi-même ou une porte de sortie en forme de queue de poisson ?

Nous sommes aux portes d’une enquête qui n’a pas fini de rebondir…

Le « faussaire » de Petit-Rechain

Dans les jours qui suivent immédiatement le reportage, le CERPI a déjà presque tout compris : l’affaire est loin de se résumer à une blague de potaches.  Là se situe probablement la partie émergée de l’iceberg et il subsiste mille points à éclaircir.  Trop de choses ne collent pas et Patrick va avoir beaucoup de mal de se débarrasser de sa réputation de menteur compulsif.  On se demande d’ailleurs pourquoi on accorde autant de crédit à ses propos, comme si sa supercherie ne faisait aucun doute.

Rappelons-nous en effet que lorsqu’un témoin lambda, de bonne foi, évoque une manifestation d’OVNI, il est presque aussitôt en proie à la dérision.  Si des centaines, voire des milliers de personnes ont vu des OVNI, même s’il s’agit de personnes très avisées, elles ont fumé la moquette et été la proie d’une hallucination collective.  Mais il suffit d’une seule personne qui atteste avoir réalisé un canular pour qu’on la croie même si ses propos sont douteux. 

Apparemment, cela ne semble déséquilibré à personne, sauf peut-être aux ufologues, déjà catalogués. 

Qu’importe si la photo comporte des caractéristiques qui ne pourraient pas être produites avec les moyens décrits, priorité doit rester au rationalisme pas au soucoupisme !

La charge de la preuve reste dans le camp de ceux qui prétendent à l’inexpliqué, cette preuve vient d’être démontée, point.  Que le déboulonnage de cette preuve puisse lui-même être incriminé n’effleure même pas l’esprit des sceptiques dont le scepticisme – s’il était de bon aloi – devrait pourtant s’exprimer dans les deux sens.


OVNI: physicien, Auguste Meessen ne veut pas croire que la photo de Petit Rechain est un faux!

Patrick a « oublié » sa photo pendant vingt ans ?  Carabistouille !

Avec le retentissement mondial d’un tel cliché est-il vraiment possible de l’oublier ?  La photo a été reproduite des centaines ou des milliers de fois, dans les médias, dans les journaux, à la télévision, dans les livres, au cinéma, sur Internet, impossible de lui échapper.   Il faudrait être aveugle, sourd et ermite.

Dans le reportage, on voit un exemplaire de chaque VOB (un livre rouge et un livre bleu).  L’un d’eux est d’ailleurs écorné et ne date pas d’hier.  Soit donc Patrick les a achetés à l’époque de leur publication et dans ce cas il peut difficilement prétendre ne pas s’être intéressé à l’ufologie, soit il les a reçus de la SOBEPS.  Dans les deux cas, il disposait de deux ouvrages qui lui rappelaient son exploit tous les jours, à domicile.  A moins bien sûr que ces deux livres aient figuré dans la panoplie des accessoires journalistiques, pour illustrer le sujet. 

Mais Patrick a aussi été sollicité, lors d’une réunion qui se tenait à Bruxelles, en présence de nombreux personnages importants.  Il est fier d’avoir participé à une telle prestation, au point qu’il en a conservé le ticket du train qu’il a dû prendre pour s’y rendre.  Il est même capable de présenter ce trophée en un tour de main car, malgré qu’il ait tout oublié pendant vingt ans, ce dernier est resté étrangement disponible.  Par contre, les autres photos, celles qui ont été prises au moment des faits, restent inaccessibles, introuvables.  Elles resteront d’ailleurs à jamais intouchables en dépit de la certitude cent fois répétée par l’intéressé qu’il allait les présenter sous peu.  Étrange comme le temps qui passe se montre également sélectif quant aux éléments qui subsistent.  Étrange comme cette sélection va dans le sens que l’on veut défendre !

Ce monsieur qui s’est désintéressé complètement de l’affaire et ne s’occupait pas d’ufologie connaît pourtant Leslie Kean.  C’est qu’il était particulièrement fier que l’on présente « sa » photo, dans le livre de l’auteur.   Tiens donc, le livre est sorti aux États-Unis en 2010, or le scoop date de 2011.

En version apparemment originale mais ailleurs, la même photo était tenue par le général De Brouwer qui, par quelque courtoisie opportune (opportuniste ?), avait pu l’extraire du coffre-fort de la SOBEPS.  Patrick s’émerveillait de retrouver là l’exemplaire original de ses œuvres, soigneusement emballé de cellophane.  Mais nous devons croire qu’il ne suivait pas l’affaire…

Outre la médiatisation surabondante dont la photo a fait l’objet, un autre élément rend l’oubli de l’événement totalement impossible.

S’il s’était simplement agi d’une blague de potaches, peut-être parmi tant d’autres sans importance, et que la photo n’avait pas mis le feu aux milieux ufologiques, Patrick aurait pu l’oublier.  Cela n’aurait été qu’un élément de sa jeunesse qu’il aurait pu chasser de sa mémoire.  Seulement voilà, sa fiancée était à ses côtés.  Les choses se passaient chez elle, ou plutôt chez ses parents et quand un garçon vient couramment chez les parents d’une belle, c’est que les choses sont sérieuses.  Oh !  De nos jours, les choses ont bien évolué, certes !  Mais n’oublions pas que les faits remontent à 1990… Il y a maintenant vingt-cinq ans de cela !  A cette époque, les jeunes sont libérés et ne se privent pas d’exercer leurs nouvelles latitudes, mais celles-ci vont jusqu’où leurs parents, encore soucieux des convenances, leur permettent.

Donc, un premier amour ne s’oublie jamais, s’oublie jamais… pas plus que le papier-peint de la chambre, ou l’OVNI du jardin, qui a fait le tour du monde.

Mais il y a encore une autre raison, bien plus péremptoire… voire implacable !

(Suite en zone privée : cliquez ici)

Un complément de désinformation : cliquez ici.