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Ca chauffe chez les chauffeurs !

aventures-et-mesaventures-d-un-chauffeur-de-busCa chauffe chez les chauffeurs ou : "dur, dur, d'être conducteur de bus", voilà ce qu'auraient pu dire notre ami Marcel Brocq et son collègue le Président du CERPI.

S'il faut rendre à César ce qui appartient à César et reconnaître que tous les chauffeurs de bus ne sont pas toujours corrects, en revanche certains usagers feraient bien de revoir leur... conduite !  Le dernier nommé a récemment eu la désagréable surprise de tomber sur des gens que la mauvaise foi n'étouffait visiblement pas plus que la politesse.  Jugez plutôt...

Dans une ville que ne dédaignerait pas Elio di Rupo, des voyageurs attendent leur bus sur le quai.  L'heure est déjà tardive, mais les bus circulent.  D'habitude, on ne se prive pas de les pointer du doigt lorsqu'ils sont en grève, on utilise même une expression qui est sur toutes les lèvres : "les usagers sont pris en otages", comme si les conducteurs les séquestraient et réclamaient une rançon.  Mais personne ne soulignera, le cas échéant, le courage de ceux qui sont derrière le volant, volontaires pour une prestation de plus de neuf heures qui les conduira allègrement jusqu'à passé minuit et même une heure du matin, afin d'assurer un service gratuit consistant à ramener les festoyeurs du jour à leurs parkings (gratuits eux aussi et surveillés s'il vous plaît !)

Donc, les voyageurs attendent leur bus sur le quai.  Jusque là, tout est normal.

Le bus est pile à l'heure.  On ne pourra vraiment pas pointer du doigt un retard éventuel.  Une exception ?  Pas cette fois en tous cas, puisque la totalité des trente-cinq circuits de douze minutes assurés par le chauffeur a été marquée d'une régularité de métronome.  Qui se soucie de ce qu'un chauffeur doit aussi faire pipi, que ça a aussi un estomac, que les heures de conduite fatiguent plus qu'on l'imagine, que la route stresse et que le besoin de souffler peut se manifester ?  Etre à l'heure, ponctuel au rendez-vous, c'est bien la moindre des choses.  Mais les bus qui sont à l'heure n'intéressent personne.

Or donc, les voyageurs attendent leur bus sur le quai.  Vous avez une sensation de déjà vu ?  Moi aussi... tu parles !  Après trente-cinq fois !

Le problème, c'est qu'ils attendent leur bus sur le quai... d'à côté !  Non, ils ne se trompent pas.  Ils le font même exprès car, de ce côté, ils disposent d'une aubette qui les protège sinon de la pluie car il ne pleut pas, du moins du vent.  Ce dernier ne souffle pas en tempête, mais en soirée il peut faire frisquet.

C'est là que les choses vont déraper...

Car le bus passe, à l'heure pile comme nous l'avons dit.  Les voyageurs ne se pressent pas : le chauffeur n'a qu'à les attendre.  C'est bien connu, non seulement les bus se doivent d'être à l'heure mais en plus ils doivent attendre les retardataires.  Le croirait-on, c'est en attendant les retardataires qui pourraient profiter d'un bus à l'heure que d'autres personnes à l'heure attendraient un bus en retard...

Or donc, quand le chauffeur passe dans le quai, il ralentit comme il se doit, mais il ne voit personne.  S'il n'y a personne, il n'y a aucune raison de s'arrêter.  Et donc, il continue.  C'est-à-dire qu'il prend son départ.  Entre temps, les voyageurs qui se sont enfin décidés à rejoindre le point d'embarquement voient leur bus leur fausser compagnie.  Ils râlent !

Un peu plus loin le chauffeur aperçoit les retardataires dans son rétroviseur, mais il est trop tard.  In petto, il se dit : "Les gars, si vous êtes cons au point d'attendre sur le mauvais quai et trop fades pour vous bouger le popotin quand le bus s'amène, faudra ettendre le suivant !"

Le départ suivant est dans un quart d'heure.  Il le sait bien, c'est lui qui l'assure.  Comme les autres d'ailleurs puisqu'il est désormais le seul à circuler sur cette ligne.

Et cette fois, les voyageurs attendent sur le bon quai.  Ils montent et - incroyable mais vrai : ils disent bonjour au chauffeur !

Ici, une parenthèse s'impose car le fait est à ce point inhabituel qu'il mérite d'être signalé.  En moyenne, les gens qui "perdent leur temps" en formules de politesse telles que "bonjour", "aurevoir", "merci" ou "s'il vous plaît" ne représentent guère plus de 10% des usagers, quand tout va bien !  Le plus souvent, on ignore superbement le chauffeur.  C'est comme s'il s'agissait d'une pièce mécanique du véhicule ne nécessitant pas plus d'égards.  Il arrive même (fréquemment) qu'on le regarde droit dans les yeux, que le chauffeur dise bonjour mais que cette salutation reste suspendue dans l'air, dans l'attente totalement vaine d'une réponse qui pourtant ne coûte rien.  C'est très frustrant, mais les chauffeurs ont l'habitude.

"Dites donc... Pourriez-vous me dire pourquoi le chauffeur précédent ne s'est pas arrêté ?"

"Je ne sais pas, monsieur.  C'était quand ?

"Ben... il y a une dizaine de minutes, ici même !"

"Alors, le chauffeur précédent, c'était moi, monsieur.  Je ne me suis pas arrêté parce que vous n'étiez pas là !  Il n'y avait personne sur le quai !"

"C'est un scandale !  Tous les mêmes !  Vous ne voulez pas travailler !  Donnez-moi votre nom !"

"Pas question de vous donner mon nom.  Le bus porte un numéro, une plaque d'immatriculation, il dessert une ligne et chaque voyage correspond à une heure bien définie."

"Connard ! Vous êtes obligé de me donner votre nom !"

"Rien du tout..."

"Connard !"

"Ah !  Si vous continuez de m'insulter vous allez y aller à pied !"

Les choses en resteront là jusqu'à l'arrêt d'arrivée où l'individu photographiera la plaque avec son portable.

Avec un peu plus d'adrénaline, les choses auraient pu mal tourner et en venir aux mains.  Il y avait de quoi : deux insultes en moins de dix secondes, une généralisation abusive (tous les mêmes), une accusation complètement fausse (L'individu accuse un volontaire de ne pas vouloir travailler !) tout cela pour des gens qui s'imaginent qu'il leur suffit de paraître pour qu'on leur déroule le tapis rouge.

Pensez-vous qu'il soit exagéré d'imaginer que cette altercation aurait pu dégénérer ?  Allons donc !  Il suffit d'un coup de klaxon pour risquer gros, comme en témoigne la vidéo ci-dessous :


Agression à la barre de fer d'un bus des TEC à Charleroi